Ensemble
Retrouver le plaisir de lire, à mon rythme
25 juillet 2026

J’ai retrouvé un marque-page au fond d’un tiroir la semaine dernière. Un vieux bout de carton glissé dans un roman commencé il y a trois ans. Page 47. Je me suis assise sur le bord du lit et j’ai réalisé que je ne me souvenais même plus de l’histoire. Pas parce que le livre était mauvais. Parce que j’avais arrêté de lire sans m’en apercevoir.
Comment j’ai arrêté de lire sans m’en rendre compte
Avant les enfants, je lisais partout. Dans le métro, au café, le soir. Un ou deux romans par mois, sans effort, sans programme. La lecture faisait partie de ma respiration.
Puis le premier bébé est arrivé, avec les nuits courtes et l’allaitement. Le deuxième a suivi, et avec lui la logistique des devoirs, des activités, des rendez-vous. Mon temps de lecture s’est réduit à quelques pages le dimanche, puis à rien du tout. Je ne l’ai pas décidé. C’est arrivé sans bruit.
Le plus troublant : je continuais à me définir comme « quelqu’un qui lit ». Je gardais mes livres sur la table de chevet. J’achetais encore un roman de temps en temps. Mais le livre finissait empilé, pas ouvert. Mon identité de lectrice était devenue un souvenir.
Ce qui m’a empêché de reprendre
Le premier obstacle, c’était la fatigue. À 21 h 30, une fois les enfants couchés et les lunchboxes prêtes, il me restait l’énergie de scroller sur mon téléphone. Pas celle de me plonger dans un roman.
Le deuxième, une drôle de culpabilité. Lire me donnait l’impression de voler du temps aux autres. Temps pour bosser un dossier, répondre aux mails, trier ce placard qui déborde. La lecture était devenue un luxe que je ne m’autorisais plus.
Le troisième, plus insidieux : la pression. Dans ma tête, « lire » voulait dire finir un roman de 400 pages et pouvoir en parler. Si je n’avais qu’un quart d’heure, je me disais que ça ne valait pas le coup. Résultat : je ne lisais pas du tout. Un quart d’heure de lecture, c’est mieux que zéro. Mais j’avais perdu cette évidence.
Trois petites habitudes qui ont tout changé
J’ai changé trois choses. Pas un plan de bataille. Trois gestes minuscules.
La première : un livre dans le sac, toujours. Pas un pavé. Un petit format, un recueil de nouvelles, un essai qui se picore. L’idée : à chaque creux de cinq minutes — salle d’attente, voiture devant l’école, café qui refroidit — le réflexe n’est plus le téléphone mais la lecture. Il n’a pas disparu, il a juste reculé d’un cran.
La deuxième : dix minutes avant de dormir. Je ne me force pas à finir un chapitre. Dix minutes, montre en main. Quand ça sonne, j’arrête, même en pleine page. Au bout de quelques semaines, j’ai commencé à lire douze minutes, puis quinze. Sans contrainte, juste parce que l’histoire m’avait accrochée.
La troisième : j’ai arrêté de finir les livres que je n’aimais pas. Une règle que ma mère m’avait donnée, et que j’avais oubliée. Passé cinquante pages, si je n’accroche pas, je le donne. La lecture est redevenue un plaisir, pas un devoir.
Ces trois changements tiennent depuis dix-huit mois.
Lire quoi quand on n’a que dix minutes
Le vrai déclic, ça a été d’accepter que tous les livres ne se valent pas face à un emploi du temps morcelé. Certains formats épousent mieux que d’autres les interstices d’une vie de parent. Voici ce que j’ai testé :
| Format | Pourquoi ça marche | Mon exemple |
|---|---|---|
| Nouvelles et recueils | Une histoire complète en 15-20 pages, satisfaction immédiate | Un recueil de nouvelles réalistes, une par soir |
| Essais courts | Chapitres autonomes, pas besoin de fil narratif | Un essai sur l’éducation bienveillante, picoré sur six semaines |
| Bande dessinée et romans graphiques | Lecture visuelle, moins exigeante en concentration | Une BD historique, deux planches dans la voiture |
| Romans feel-good découpés | Chapitres de 5-7 pages, rythme pensé pour le quotidien | Un feel-good anglais, un chapitre au petit-déj’ |
| Poésie ou carnets | Une page = une respiration, zéro culpabilité d’arrêter | Un carnet d’écrivain, posé dans la cuisine |
Ce que j’ai compris, c’est que le format compte autant que le temps disponible. Chercher à lire Les Misérables en intégrale à raison de dix minutes par jour, c’est se condamner à l’abandon. Choisir un livre calibré pour mes dix minutes, c’est se donner une chance réelle.
Ce que ça change dans le reste de ma vie
Retrouver la lecture a eu des effets que je n’avais pas anticipés. Le premier, c’est mon sommeil. Remplacer l’écran par du papier le soir, même dix minutes, rend mes endormissements plus fluides. Moins de rumination, moins de lumière bleue. Je ne dors pas comme un loir, mais je m’endors plus vite.
Le deuxième, c’est ma patience. Lire, c’est accepter un rythme plus lent que celui des notifications. Cette lenteur déborde sur le reste. Je m’énerve moins vite sur les devoirs. Je supporte mieux les silences. Je ne sais pas si c’est la lecture qui fait ça, ou juste le fait de m’être autorisée à ralentir. Les deux sont liés.
Le troisième, c’est la fierté toute bête de montrer l’exemple. Quand mon aîné me voit plongée dans un bouquin plutôt que dans mon téléphone, il ne dit rien. Mais un soir, il est venu s’asseoir à côté de moi avec sa BD. On a lu côte à côte, sans rien se dire, pendant vingt minutes. Ce moment-là vaut tous les « il faut lire » du monde.
FAQ
J’ai envie de lire mais je m’endors au bout de trois pages, c’est foutu ?
Pas du tout. C’est même bon signe : ton corps associe la lecture au calme. Essaie de lire à un autre moment, ne serait-ce que cinq minutes le matin avec ton café. Et le soir, si tu t’endors au bout de trois pages, endors-toi. Ces trois pages, tu les as lues. C’est toujours mieux que zéro.
Comment choisir un livre quand on a perdu l’habitude depuis des années ?
Ne commence pas par ce que tu « devrais » lire. Oublie les classiques intimidants et les pavés primés. Demande-toi : quel est le dernier livre qui m’a fait vibrer ? Quel film ou série m’a donné envie d’explorer un univers ? Pars de ton plaisir actuel, pas de tes souvenirs d’étudiante. Les bibliothécaires sont de très bons alliés si tu leur dis cash : « j’ai pas lu depuis cinq ans, j’ai dix minutes par jour, vous me conseillez quoi ? »
Est-ce que les livres audio comptent comme de la lecture ?
Oui. Si écouter un roman en préparant le dîner te permet de retrouver le goût des histoires, fonce. Certains mois, j’alterne livre papier le soir et audio dans la journée. L’un nourrit l’autre. Le plaisir de l’histoire ne dépend pas du support.
Je lis deux pages et je culpabilise de ne pas lire plus, comment je fais ?
Répète-toi ceci : deux pages, c’est deux pages de plus que zéro. Sur un an, deux pages par jour, c’est un roman et demi. Tu n’as pas besoin d’un marathon. Juste d’un tout petit pas, répété. La régularité minuscule bat la performance ponctuelle, tous les jours.
Dimanche dernier, on est partis en balade en forêt à vingt minutes de chez nous. J’avais glissé mon livre dans le sac. Pendant que les enfants construisaient une cabane, je me suis assise contre un arbre et j’ai lu quinze pages. Comme avant. En mieux.
Retrouver la lecture ne m’a pas rendue plus cultivée. Ça m’a rendue plus calme. Et dans cette vie de tribu où tout va trop vite, le calme est la plus belle des victoires.
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